dimanche 23 octobre 2016

Nockanunet, Patululu et le monstre aux yeux verts


Croyez-le ou non, cet article ne s'adressera pas aux artistes. Il s'adresse à ceux qui n'ont pas le temps de laisser aller leur créativité comme ils le voudraient à cause de leurs obligations.
Quand j'étais jeune, ma sœur avait une imagination débordante (elle l'a toujours), bien plus que moi. Mais moi, j'embarquais dans sa folie sans me faire tordre un bras. Par exemple:
Elle avait reçu un petit ourson koala. C'est d'ailleurs ainsi que nous avons connu cette espèce animale. Elle lui avait donné un nom, pas "toutou", ni "poilu", ni "tit-nours", ou même "Émile" (ça aurait été originale non Émile pour un ourson?). Non: Nockanunet. Un nom complètement inventé avec un sonorité plutôt particulière. Elle devait avoir 6 ou 7 ans. Quand elle lui tapotait les foufounes, elle disait que ça sentait les fraises. 
Par la suite, j'ai gagné un toutou à l'allure d'un gros chien noir. Je l'avais appelé Koulamumu, pour faire comme elle. 
Aujourd'hui, ma sœur est traductrice. Les langues l'intéressent, oui, mais elle préférerait prendre le temps d'écrire un roman. Mais...il faut bien gagner sa croûte, comme on dit!

Chez moi, j'ai mon "monstre aux yeux verts" (oui, petit mari). Il se casse le cul à faire un travail pas exactement valorisant. Tous les 2, n'avons pas d'études à tout casser,et...il faut bien gagner sa croûte! Je sais, je me répète.

Bref, la créativité ne paie pas, ici, au Québec (sauf si tu es un pur génie dans ton domaine, et encore). Donc, pour qu'une personne se donne le droit de faire ce qu'elle veut, même si ça ne paie pas, ça en prend une autre qui gagne un vrai salaire. Comme j'étais professeur de danse quand nous nous sommes mariés, le choix s'est fait tout seul. J'ai enseigné la danse un bout de temps (pas de garanties de travail), puis j'ai eu des enfants. J'ai encore enseigné la danse après, mais, ce n'est pas très payant et ça se poursuit moins bien en vieillissant. J'ai fait un peu d'aide-aux-devoirs à temps partiel dans des conditions, disons inégales. Puis, j'ai décidé d'essayer ça de m'occuper avec le tricot (cours, patrons, et même vente d'items tricotés à un moment donné). Après tout, c'est ce que j'aimais faire le plus faire. Je ne vous dirai pas combien je gagne dans une année, vous ririez. Mais, on est correct financièrement parce qu'habitués à la simplicité et qu'Yvan va courageusement à sa job pas très motivante à tous les jours.
Certains vont simplement me trouver paresseuse de ne pas être allée me chercher une vraie job (avec salaire). Fin de l'histoire: La société a raison et la tricoteuse se prend pour une autre puisque la créativité, ce sont des niaiseries pour enfants. "Vieilli un peu la tricoteuse!" Et, oui, j'ai une certaine dose de paresse, mais la vérité est plus nuancée.

Fait que...la maîtresse de Nocknunet aimerait bien nous raconter une histoire sur son petit koala, mais elle ne peut pas. Et le monstre aux yeux verts est bien gentil finalement. Il "fait vivre" sa princesse vieillissante alors qu'il aimerait conquérir de nouveaux territoires, comme tous les autres chevaliers (bin oui, toé: le monstre aux yeux verts EST un chevalier en réalité), mais il doit "puncher" à tous les jours. C'est embêtant quand on veut parcourir le monde. 
Vive les traductrices, les informaticiens, les technicien(ne) en garderie, les infirmiers(ères), les orthophonistes, les professeurs... Vive les monstres aux yeux verts. Vive tous ceux qui sont un peu pognés dans une job plate (bon, parfois, c'est pas si pire, je sais) pour faire vivre leur petite famille. Ça prend une certaine dose de courage. 
On le sait que, dans le fond, au royaume de la créativité, vous êtes des fées, des lutins, des chevaliers, des rois, des reines, des saltimbanques, des troubadours, et même des héros parfois. Attendez d'avoir quelques heures de libres, et vous allez être de vrais artistes! 
Mais, en attendant, les princesses vieillissantes (ou les fous du roi assumés) vous disent "merci".

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